21 août 2012: Tulle-Aubazines

Aujourd’hui, je ne le sais pas encore, mais je vais faire l’étape la plus dure de mon périple. À tel point qu’en arrivant après neuf heures de marche, je douterai de repartir le lendemain. J’ai pratiquement 25 km à accomplir, et dès le matin, la chaleur est au rendez vous. Tulle la ville aux mille marches et aux sept collines, n’a pas usurpé sa réputation et c’est d’ores et déjà liquéfié que je quitte ses faubourgs.
Je finis par trouver mon pas de croisière à la faveur de l’ombre d’un sous-bois. Mais je ne suis pas le seul à rechercher de l’ombre. Au détour d’un chemin, je tombe nez à truffe avec un… Rottweiler, Mesdames, Messieurs! Et en liberté le chien de l’enfer, le numéro un des faits divers du journal Le Parisien. Et pas l’ombre d’un maître chien alentour. Le cerbère ne m’a pas encore vu, occupé qu’il est à fouiner la terre, sans doute pour déterrer le cadavre d’un précédent randonneur, préparant de fait son repas du midi.
– Merde, un Rottweiler, qu’est ce qu’il fout là lui? me dis-je en cherchant désespérément la présence du maître.
À ce moment là, le chien relève sa gueule pleine de bave et son regard croise le mien l’espace de quelques secondes qui me sembleront une éternité.
– Merde, un sac à dos vert, qu’est ce qu’il fout là lui?
Et le molosse de détaler sans demander son reste…
Je respire et poursuis ma virée, plein de sympathie pour la race canine… Jusqu’à la prochaine fois.
Je passe devant une école de gendarmerie, où un chœur répète un chant militaire tandis qu’en plein soleil, un groupe de jeunes recrues apathiques écoutent religieusement leur supérieur leur raconter une opération où il est question de barres de fer et de cité. Il est vrai que par 40° et tête nue, on retient mieux les leçons…
Les paysages et les chemins défilent, et c’est exténué et en nage que j’achève la première partie de mon étape.
Je me précipite dans une épicerie miraculeusement climatisée afin de faire le plein de fruits, et je m’installe sur la place du village, à proximité d’une fontaine, sur un banc à demi à l’ombre. Je ne suis plus à ça près…
Je repars revigoré par mon cocktail énergétique.
Mais comme d’habitude, aux alentours du km 15, je commence à peiner. Et là, il ne m’en reste pas cinq, mais dix à faire… Mon sac à dos me cisaille les épaules, sans compter ses hautes capacités thermiques. J’ai l’impression d’être en permanence adossé à un radiateur en plein hiver. En outre, un autre problème à fait son apparition: j’ai des ampoules à chaque pied.
Tant pis, de toute façon je n’ai pas le choix, mon hôtel m’attend 10km plus loin.
Les cinq derniers km représentent à eux seuls une étape dans l’étape. Un enchaînement de sites historiques et archéologiques. Les dénivelés s’enchaînent…la chaleur se déchaîne…un dernier petit calvaire pour la route, et hop… Descente sur Aubazine. À la croisée d’un sentier, j’accoste un touriste pour lui demander le chemin direct du village.
– Vous descendez la route à droite, sinon vous pouvez passer par le canal des moines, c’est un peu plus long, mais ça vaut le détour.
Un peu plus long? Aïe.
Allez, la culture vaut bien un effort supplémentaire.
Je fait donc le détour en question et en effet il vaut le coup.
Ce canal des moines, construit par les Cisterciens au XIIème siècle,afin d’alimenter le monastère, son vivier, ses jardins, est une véritable merveille de technologie accroché à la falaise avec des à-pics de 40 m et une pente à 5%.
Un des plus beaux lieux de mon périple. J’y fait une courte halte pour y tremper mes pieds endoloris.
J’arrive à l’hôtel exténué.
Une heure plus tard, après une douche réparatrice, c’est requinqué que je m’installe à ma table, dominant toute la terrasse du restaurant.
Sans doute par esprit de revanche, je commande des St. Jacques poêlées en entrée.
Suivi par des rougets en plat principal.
Le serveur se présente à ma table.
– Les rougets… Noirs! Rouge… Et noir, me glisse-t-il avec un air entendu.
Je le gratifie d’un sourire poli et, sentant qu’il n’a pas fait mouche, le Sumo de l’humour va tenter sa chance à une table troisième âge.
– L’été dernier j’ai passé mes vacances en Bretagne. On dit qu’il pleut tout le temps là bas! Et bien c’est faux. Moi, il a plu seulement deux fois: une fois une heure, et une fois quinze jours!
Les cartes vermeil se tordent, quelques dentiers chutent dans les gaspachos, les couteaux et les fourchettes tapent le rappel, l’ambiance est à son comble…
Dîner spectacle à 29€ tout compris, c’est donné…
Et c’est heureux et détendu que je monte me coucher, prêt à affronter une nouvelle nuit chaude.

1 Comment

One thought on “21 août 2012: Tulle-Aubazines

  1. Pascal

    Un seul être vous manque et tout est dépeuplé… Je suis rentré et enfin internet et enfin une fenêtre sur le monde et enfin des nouvelles de mon poteau vert pistache, ampoulé, urtiqué, cisaillé, un Thierry outragé, brisé, martyrisé ! mais un Thierry libéré !… mais bien fatigué!
    ils devraient faire des baskets électrique pour que j’accepte de t’accompagner dans ce prochain périple “plus long”…Ah Ah Ah! plus long…et en montagne je suppose!
    Bon allez faut rentrer maintenant, qu’on boive un coup. Merde!

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