19 août 2012: Corrèze-Naves

C’est donc l’entre cuisse copieusement pommadée que j’entame cette étape qui devrait être la plus chaude de la semaine – 39° prévu dans la journée -. Inutile de dire que je suis légèrement inquiet. Pourtant, en ce début de matinée, des nuages et des orages très localisés rafraichissent l’atmosphère. Mon pas est donc alerte et je me mets à penser que je passerai au travers de la canicule.
Un dimanche calme à la campagne en quelque sorte…
Le répit est de courte durée. Les nuages salvateurs laissent place à sa majesté le Soleil qui entend bien régner sans partage sur cette belle région de Navarre. Et la température, lasse de courber l’échine depuis plusieurs mois, redresse fièrement la tête vers son souverain. Le ciel se pare de son plus beau costume bleu et…moi j’en ai ras le bol, parce que moi j’aime bien la pluie et les étés à 20°. J’ai un pull dans mon sac a dos, et j’aimerais bien le mettre! Je souffle et ahane donc, avançant tant bien que mal dans ce mélimélo de montées et de descentes, traversant sans cesse la route de droite à gauche à la recherche de l’ombre protectrice.
Paraphrasant Lino Ventura dans l’Aventure c’est l’Aventure, je me surprends à crier: Paris,Paris,Paris…
Vous l’aurez compris, chers lecteurs bien à l’abri dans vos maisons fraîches et climatisées voire dans vos bureaux, sur vos lieux de travail où vous n’hésitez pas à prendre sur votre temps rémunéré, oui, oui, j’en connais qui le font…pour lire ces, ces….Bon, je dois me calmer, j’ai encore pris 2°. Canicule,canicule, plus j’avance moins tu recules…
Midi… Dans moins d’une heure la pause. Peut-être dans ce petit village dont j’aperçois le clocher au loin. Oh… Pas si loin d’ailleurs. J’accélère le pas, motivé par la vision de la petite fontaine d’eau fraîche sur la place du village, à l’ombre d’un bon vieux chêne. Le clocher se rapproche significativement, et à quelques centaines de mètres du nirvana…le balisage part à gauche! Je regarde le clocher, je regarde la coquille et je reste un instant médusé. Je pose mon sac et sors le topo guide.
En effet…considérant que l’étape était sans doute trop simple, ces gentils compagnons de St. Jacques ont décidé de nous faire faire un petit détour pour aller visiter un haut lieu du pèlerinage, à savoir une petite chapelle et sa grotte creusée dans la falaise.
Bon… Va pour la chapelle… Ça ne doit pas être très loin, et en plus ça descend…
Oui, seulement voilà, quand ça descend, en général ça remonte peu de temps après. Je me mets en route.
Tiens, qu’est-ce que je disais… Je remonte donc, arrive à la chapelle, qui est je vous le rappelle un haut lieu de pèlerinage… Fermée la chapelle! Je continue. Tiens ça redescend. Oui mais quand ça descend…et ça ne rate pas. Une bonne remontée vers mon fameux clocher que je n’ai pas perdu de vue.
Je décide de faire ma pause déjeuner à la sortie du village. Je m’installe sur le parapet d’un petit pont en pierre après avoir eu le bon sens de taper un peu partout avec mon bâton…les serpents adorent se lover entre les pierres…et je sors mon cocktail énergisant: fruits, eau et barre chocolatée Ovomaltine. Le problème, c’est qu’à 40°, avec la barre chocolatée, il eut fallu un bol et une cuiller. Je fais contre mauvaise fortune bon cœur et avale le tout.
Rassérèné par mon déjeuner, je repars à l’assaut des dénivelés corréziens. Comme d’habitude, les cinq derniers km me posent problème. Particulièrement en ce milieu d’après midi où la température est à son faîte.
Enfin, les contreforts de Naves vers 15h. Je salive à l’idée de la douche froide et du lit qui m’attendent.
Après un dernier effort, j’arrive devant l’hôtel, fourbu mais content.
Fermé l’hôtel!
Saisi d’une panique indescriptible à l’idée de passer l’après midi en plein soleil, et accessoirement la nuit dehors, j’attrape mon portable et compose le numéro de l’établissement… Répondeur!
Aïe…
Je compulse mon topo guide. Il y a un numéro de portable. Derechef, j’appelle!
Ouf! Je tombe sur le patron qui m’explique qu’il n’y a personne le dimanche car ils exercent une activité de traiteurs. Il me communique le code d’entrée et muni de mon précieux sésame, j’accède enfin à ma chambre une étoile.
Après une bonne douche récupératrice, je décide de rappeler le patron de l’hôtel, pour qu’il me conseille un endroit où dîner.
– ah, rien à Naves, il vous faut aller jusqu’à Tulle.
Tulle… Mon étape de demain. Ben voyons… C’est une bonne idée ça… Comme ça je vais pouvoir repérer le trajet! Je vais peut-être même prendre mon sac à dos et y fourrer des pierres, histoire de bien m’ouvrir l’appétit.
Devant mon désarroi, traduit par un silence lourd de sens, le patron me propose de me faire un plateau repas et de me l’apporter dans ma chambre vers 19h. Je crois que même si ça avait été Martin Goret, j’aurais accepté…
Mon sauveur arrive vers 18h30 avec le meilleur plateau repas que j’ai mangé depuis des lustres.
Il m’a particulièrement bien soigné.
La vraie solidarité. La gentillesse à l’état pur, loin des politesses convenues de l’hôtel de la veille.
C’est donc comblé et repus que je me précipite dans les bras de Morphée pour une nuit chaude et légèrement orageuse.

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