18 août 2012: Chaumeil-Corrèze

8h15: Petit déjeuner à l’ancienne, soit 4 quignons de pain grillé, 5 pots de confiture, le café au lait et 1 cuiller pour l’ensemble. Mon hôte honore son unique étoile au guide Michelin. Catégorie hôtel bien sûr, pas restaurant…
9h00: je me prépare à lever le camp, avec tout de même un petit souci. En effet, la marche d’hier a été fatale à mon entrecuisse et le frottement occasionné par mes 20 000 premiers pas, m’a blessé jusqu’au sang.
Étant démuni du nécessaire pour me soigner et la pharmacie la plus proche étant à Corrèze, je dois me résigner à subir les conséquences de l’étape d’aujourd’hui.
Je n’ose pas demander de l’aide au patron, de peur qu’il ne me propose directement l’amputation…
C’est donc en pantalon large et sans caleçon que je quitte le sanctuaire de l’accordéon.
Je sors du village et décide d’adopter, pour mes 20km quotidiens, la démarche de Lucky Luke, afin d’éviter tout frottement intempestif. Dieu seul me voit…et si d’aventure je croise quelqu’un, j’adopte aussitôt la démarche du type qui est ” on the road ” depuis des années…
Il est encore tôt et la journée s’annonce très chaude. La météo pour une fois tiendra toutes ses promesses. Et pour répondre à mes lecteurs qui se demandent si je ne suis pas un peu fou d’être parti par temps de canicule et dans un département classé en vigilance orange, je leur répondrai que j’ai dû préparer mon voyage à l’avance et qu’à l’instar des météorologues, je suis capable de prévoir le temps qu’il fera 24 heures…après!
Je fais ma pause au bout de quatre heures de marche et avale ce que je considère comme étant le plus efficace pour moi: 3 fruits, une barre énergétique et de l’eau.
Je repars avec le plein d’énergie, et marche d’un pas allant jusqu’à peu près au km15, où je commence à coincer.
Le constat est amer, cette baisse de rendement se renouvellera quotidiennement.
Paradoxalement, je ne souffre ni des jambes, ni des pieds.
Le problème se situe au niveau des épaules et du cou. Le sac à dos en est bien sûr la cause.
Pourtant pas si lourd – environ 13kg flotte comprise – il est l’inconvénient majeur du marcheur.
Je comprend que certains randonneurs optent pour l’acheminement des bagages proposé par certains organismes.
Des solutions connexes existent. Certains fabricants proposent le sac à dos sur roues et attelé au marcheur. Je me tournerai vers cette solution si je dois repartir.
Le second facteur est bien entendu la chaleur, même si je marche en sous bois 60% du temps.
Je suis donc à 5km de Corrèze, en plein soleil, les épaules endolories, ne sachant plus quelle position adopter pour me soulager, et bien entendu, toujours la ” Lucky Luke ” attitude…
Je me mets à rêver au seul hôtel 4* que j’ai pris pour cette nuit et j’avance, mètre par mètre, pas à pas. J’apprends la patience. Tout est long à pieds. Surtout ne pas se précipiter. Garder son rythme de croisière sans accélérer. Faire autrement serait suicidaire…
Puis Corrèze en contrebas et ce beau bâtiment que je devine être mon oasis, mon havre de paix pour une nuit. Il est là…sur les hauteurs du village, complètement à l’opposé de l’endroit où je me trouve! Décidément, tout se mérite.
Une demi-heure et un litre de transpiration plus tard, j’arrive enfin à l’hôtel.
Bienvenue chez les chemises en lin, les polos Lacoste et les bermudas à carreaux.
Inutile de dire que ma traversée de la terrasse de l’hôtel ne passe pas inaperçue.
Les peaux liftées n’en perdent pas une miette.
Aucun doute, j’ai quitté la France de Poupou…
Je pénètre dans le hall de réception qui me paraît pour le coup sur-climatisé, m’approche du comptoir et m’apprête à faire la rencontre de la semaine!
Comment le formuler en étant synthétique? Disons un jeune homme, le réceptionniste donc,
avec… Allez, je me lance… Une tête de cochon et des oreilles décollées et un peu pointues et que l’on pourrait apparenter à des oreilles d’âne certes pratiques pour tenir ses lunettes Alain Jevoisflou sans oublier l’acné de circonstance. Ouf…C’est décidé, je ne jette même pas un œil à son badge. Pour moi, il sera désormais Martin Goret.
– Bonjour Monsieur! me lance la créature avec la voix de fausset livrée en même temps que la panoplie de Dédé le cochon.
– Bon…bonjour.. Heu… J’ai réservé une chambre au nom de Mr Goret… Heu… Durel je voulais dire.
– Certainement Monsieur.
Je patiente devant le comptoir, ruisselant et un brin abasourdi.
– Naf…Naf…me lance Goret.
– Pardon?
– Naf…
Je sors enfin de ma torpeur.
– Ah oui… Chambre neuf… Merci beaucoup.
Je patauge jusqu’à l’ascenseur et me précipite dans mon havre de fraîcheur.
Me jette sous la douche aux dimensions proche d’une piscine.
Me vautre enfin sur mon lit King size.
Ah… Le luxe a du bon parfois…
L’heure du dîner arrive tranquillement et c’est changé et rasé de près que je descend au restaurant de l’hôtel.
Je pénètre dans la salle subtilement climatisée et suis accueilli par… Martin Goret en personne.
Réceptionniste, garçon de salle, peut-être que c’est lui qui fait la cuisine aussi, spécialité tête de veau…
Je savoure l’idée de me retrouver au frais pour dîner, mais Martin ne l’entend pas de cette oreille, si je peux m’exprimer ainsi.
Pensant me faire plaisir, il me lance d’un ton enjoué:
– On vous a trouvé une table en terrasse.
Ravi de dîner par 35° après avoir passé ma journée sous le cagnard, je m’installe donc à ma table à mon corps défendant.
Évidemment c’est MG qui s’occupe de moi. Aurait-il pu en être autrement?
– Vous prendrez du vin?
– Non merci, de l’eau gazeuse.
– Même pas un petit apéritif?
Il cherche à m’enivrer le bougre! D’ailleurs, au vu des œillades qu’il me lance à la dérobée, je suis sûr que Martin Goret aime les garçons. Petit cochon,va…
Comme il est de convenance dans pareils endroits, un Amuse-bouche sert de prologue au dîner. En l’occurrence, il s’agit d’un dé à coudre de polenta avec sa ratatouille. Tu parles d’un amuse-bouche… Moi j’appelle ça un vide poubelle. Question de terminologie…
J’ai toutes les peines du monde à rentrer ma cuiller dans le dé à coudre, et l’inévitable se produit, un morceau de courgette dégoulinant de sauce tomate gicle de la verrine et s’écrase sur le chemin de table, le maculant d’un rouge du plus bel effet.
L’expression ” Dieu seul me voit ” employée à raison précédemment, n’est cette fois ci pas de circonstance et j’ai le sentiment qu’au contraire tout le monde m’a vu et que l’incident fera la une de Figaro Madame dès demain: ” La gauche ne sait pas se tenir! La preuve en images.”
Je pose discrètement mon verre sur l’immondice en espérant que les assiettes feront le reste…
Mais la tâche me suivra jusqu’à la fin du dîner. Dîner perturbé par une vieille parcheminée qui non contente de laisser son portable sonner avant de décrocher, prit la communication en mettant le haut-parleur et se mît à converser avec son stentor d’interlocuteur comme si de rien n’était. Une armada de têtes liftées et de chemises de lin se retournèrent vers elle prêts à en découdre. Elle finit par comprendre, et s’éloigna.
Le dîner se poursuivit conforme à l’endroit, un tantinet surfait.
À un moment, je remarquais que les nouveaux convives recevaient leur Amuse bouche dans des verres plus grands et évasés en haut. Conséquence de ma bévue, ou peut-être avaient-ils pris la chambre catégorie supérieure?
Je quittais ma table sur les vœux de bonne nuit assortis d’une ultime œillade de la part de MG, et regagnais ma chambre pour jouir d’un repos bien mérité.
Je m’endormis vers 23 heures… Vers minuit, on frappa à la porte.
Je me dressai, interloqué. Ce n’était tout de même pas ce que je pensais?
– Qui est-ce?
La voix de fausset se fit entendre.
– Vous avez oublié vos lunettes en bas.
– Mes lunettes, mais…
J’eus le mauvais réflexe d’entrouvrir la porte.
Martin Goret se tenait debout devant moi avec ses petits yeux lubriques, vêtu d’un polo Lacoste rose et d’un bermuda à carreaux.
– Mais qu’est ce que vous faites là Goret?
Ça m’avait échappé. Je voulus refermer précipitamment la porte mais il avait mis son sabot…je veux dire son pied dans l’interstice. Toute retraite était impossible. Je me mis à hurler, et c’est alors
que je me réveillai, dressé sur mon lit, en nage, dans ma chambre fraîchement climatisée.
Le matin, je me fis servir mon petit déjeuner en chambre et une femme ressemblant à Anémone vieille, assura le service.
Je partit tôt sans demander mon reste et en laissant derrière moi ce bestiaire de luxe…

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2 Comments

2 thoughts on “18 août 2012: Chaumeil-Corrèze

  1. Pascal

    Ah çà mais, milles excuses mon bon Thierry, je retire immédiatement la saillie prétendument drolatique que j’ai posté hier confortablement installé dans ma chaise longue Hellénique tout en contemplant l’eau émeraude dans laquelle je n’ai pas manqué de me plonger en me moquant de toi, pauvre hère pistaché et à l’entrejambe urtiquée…
    Bref Pardonne moi car sous mes airs de taquin grassouillet, je n’irai pas jusqu’à dire que je t’envie mais en tout état de cause tu as toute mon admiration.
    Affectueusement
    Pascal

    N’oublie pas la crème…pour l’entrejambe j’entend pas pour Mr Goret!

  2. Julie

    Merci pour ces savoureux billets… On a un peu l’impression d’être sur la route ou plutôt à l’hôtel avec toi ..!

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