17 août 2012: Treignac-Chaumeil

Mais avant de partir, il faut tout de même que je vous parle de mon programme.
Une randonnée pédestre d’environ 150 km, à raison de 20 km par jour en moyenne. Tout ça entre Treignac et Rocamadour, sur la voie de St. Jacques de Compostelle.
Ce périple servira en quelque sorte de prologue à quelque chose de plus long que j’envisage d’accomplir ultérieurement.
C’est donc parti pour mes 150 000 pas…
En ce matin du 17 août, la chaleur est tout à fait supportable et c’est d’un pas décidé que j’entame ma première étape qui doit m’amener à Chaumeil, berceau du célèbre Bol d’or, référence de tout motard qui se respecte.
Muni de mon topo guide, la traversée de Treignac ne me pose pas de problème, du moins jusqu’à la sortie du village où je commence ma randonnée en me perdant au terme du premier km.
Je finis donc à la gendarmerie afin de retrouver mon chemin.
Un gendarme me l’indique en fixant toutefois avec insistance mon sac à dos – vert pistache je vous le rappelle – une main posée sur son pistolet.
Je me retrouve donc quelques minutes plus tard, sur un petit chemin bucolique, entouré de fougères, de pins et de bruyère en fleurs.
À moi le calme, la solitude et les grands espaces…
Le paysage est superbe, les odeurs entêtantes et la quiétude apaisante.
J’ai un peu de mal à repérer les fameuses coquilles jaunes sur fond bleu qui servent de balisage et pour l’heure, je dois encore me référer à mon topo guide.
Pour le moment, j’ai encore du mal à lâcher prise et je reste trop concentré sur mon effort et mes soucis divers.
Mais je sais par expérience que ça viendra, sans doute au cours du deuxième ou troisième jour, et c’est alors que j’atteindrai la plénitude.
L’heureux lecteur qui aura la chance et le courage de me suivre jusqu’au bout, se rendra compte que ma vision poétique et enthousiaste de la randonnée sera quelque peu altérée par diverses péripéties…
J’avance donc, tranquillement, au gré des hameaux, chemins et fontaines d’eau fraîche qui se succèdent.
Puis, au bout de deux heures de marche, au détour d’un chemin en sous bois, je croise un couple improbable, la trentaine, affublés chacun d’une espèce de chapeau de paille corrézien.
C’est quoi ça? Des mormons? Des témoins de Jéhovah? Des parisiens en vacances?
Bon… Faisons semblant de rien…
– Bonjour Messieur-Dame!
– Bonjour Monsieur!
Tout de même, les chapeaux… Enfin, bon, chacun ses goûts… J’ai bien un sac à dos vert pistache…
Je passe mon chemin avec la nette impression que je n’en ai pas fini avec eux.
Environ deux km plus loin, je me perds à nouveau faisant toujours la chasse à ce fameux balisage.
Je me retrouve dans un champs en contrebas duquel je me heurte à des barbelés.
Demi tour donc et remontée. Le cauchemar du marcheur… Faire des pas en trop et surtout avec du dénivelé positif et négatif. À pied sous le cagnard avec un sac à dos et 20 km à faire, chaque pas économisé compte…
Je finis par me retrouver et m’engage dans un petit chemin vicinal.
Tiens donc, qu’est ce que je disais, mes deux Mormons… C’est pas possible ces chapeaux…
Bon… Je ne vais pas redire bonjour. Je vais dire autre chose. Mais quoi?
100 mètres avant la confrontation…Jésus,Marie, Joseph, l’âne et le bœuf…
– Ah… On dirait bien que vous connaissez des raccourcis que je ne connais pas!
L’inspiration divine…
Il n’en fallut pas plus pour que l’hydre à deux têtes s’arrête et engage la conversation.
Et conversation il y eut. J’appris qu’ils étaient tous deux parisiens et que lui avait une maison de famille dans le coin et qu’ayant passé son enfance ici, il connaissait la région comme sa poche.
Il m’expliqua qu’il y avait fait de longues randonnées.
– Chapeau! rétorquais-je un peu trop fort.
Ça m’avait échappé..
Nous finîmes par prendre congé au grand dam de chacun, et je continuais mon chemin.
Quelques km plus loin, je me perdis de nouveau, mais là, je fit une boucle qui me fit revenir sur mes pas et me fit perdre au moins deux km. Je finis par me rendre compte que je revenais sur mes pas grâce à une déjection animale qui m’apparut familière…
Un peu plus tard, je croisais un marcheur qui n’y alla pas par quatre chemins, si je puis dire, pour engager la conversation.
– Alors, qu’est ce que vous faites?
Je lui expliquais, et appris à mon tour qu’à soixante dix ans qu’il portait à merveille, il continuait à marcher et que le sport l’avait sauvé après une chimiothérapie de huit mois.
Après avoir bien plombé l’ambiance, il continua son chemin et moi le mien…pour arriver au clou du spectacle de cette première journée, la ferme des Monardieres!
Un endroit idyllique avec une vue à couper le souffle et où l’on mange sans aucun doute la meilleure tarte aux myrtilles du monde accompagnée de son jus, le tout infusé dans du tilleul.
Sans aucun doute ce qui restera ma meilleure pause de la semaine.
Il ne se passa rien de notable d’ici la fin de l’étape, si ce n’est que je traversais un champs de bruyère en fleurs, à travers de centaines d’abeilles qui butinaient. Tout ça en short et tee-shirt. Enfin, j’arrivai vers 16h à Chaumeil, sous un soleil de plomb et tout de même fatigué.
Je n’eut pas de mal à trouver mon hôtel, puisque Chaumeil, c’est quatre maisons et demie, un bar et une église.
En franchissant le seuil de l’hôtel en question, je franchis une barrière spatio-temporelle.
Je me retrouvais soudain dans la France de Raymond Poulidor, la France d’Yvette Horner, la France qui sent bon la Merguez et la pétanque.
Un patron du genre taiseux – bon, j’ai l’habitude, j’ai des amis comme ça – m’indiqua ma chambre qui ressemblait en tous points à celle que j’avais lorsque j’habitais en HLM dans les années soixante.
Le soir, le repas fut à l’avenant. Je prenais mon dîner seul dans une salle de 150 m² face à un tableau représentant un accordéoniste semblant interpréter pour moi seul tout son répertoire musette pendant que je dégustais ma bavette, mes haricots verts persillés et mes deux demis.
J’allais me coucher vers 22h en pensant à ce qu’était ma vie lorsque j’avais dix ans.

20120819-202619.jpg

20120819-202635.jpg

20120819-202711.jpg

Leave a comment

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Create a free website or blog at WordPress.com.

%d bloggers like this: